Li Yi-chan

413-SQsLKPL._SX350_BO1,204,203,200_Nommé aussi Li Shangyin, né en 812 ou 813 dans la province du Henan et mort en 858, Li Yi-chan est un poète et prosateur de la fin des Tang réputé pour son érudition et perçu comme un grand explorateur du langage poétique dans les quelque 600 poèmes qu’il a laissés, dont ses « pièces sans titre », poèmes hermétiques.  Une autre facette de son talent réside dans ses listes-répertoires ou zasuan, traduites par Georges Bonmarchand et publiées en 1955. Le présent livre intitulé Notes est une réédition de 1992 dans la collection Le Promeneur de Gallimard, préfacée par Pascal Quignard qui présente ces listes comme des « grilles surprenantes pour évoquer les visages du monde qui environne ».  Et citant l’écrivain Lou Siun (Lu Xun dans Wikipedia), il ajoute que ces listes « bien qu’elles ne soient que des fragments, creusent profondément le côté caché des choses de la vie courante ».
Voici quelques spécimens de ces zasuan, pris presque au hasard :

Propos entendus de la maison voisine de l’autre côté du mur

À entendre les gens discuter le bon ou le mauvais du cadeau qu’ils envoient on peut être bien sûr qu’il n’est pas splendide.

À entendre un mari qui a nouvellement épousé vanter son union comme ayant été déjà fixée dans un monde antérieur on peut dire que sûrement la femme est laide.
[…]

Signes de richesse

Le hennissement d’un coursier.
Tombée et abandonnée, une épingle de tête ornée de fleurs.
Des sons d’une flûte dont on joue dans le pavillon à étages.
[…]

Choses qui font naître un sentiment de tristesse et de solitude

Un bourg dans la montagne, la foire levée et partie.
Le braiement d’un mulet dans un village.
Une musique vulgaire battue par un tambour d’une seule baguette.
[…]

J’aurais envie de recopier tout le livre, avec par exemple, dans Choses qui rendent confus : « Dégrisé, apprendre les propos qu’on a tenus étant ivre ». Ou, dans Ce dont on craint la découverte : « L’évasion du paiement des impôts ».

Li Yi-chan est considéré comme le créateur d’un genre qui inspirera au Japon au début du XIème siècle les Notes de chevet de Sei Shônagon, dame d’honneur de la princesse Sadako à Kyoto, véritables poèmes en prose ou tableaux animés écrits au fil du pinceau. Ce livre a été réédité en français en 2014 avec des estampes de Hokusaï.

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