Soldes d’été

La cliente devant moi se plaint que je la serre de trop près, que je lui bouche l’accès à la caisse, je recule en m’excusant, je heurte des clientes derrière, une autre s’est mise sur le côté, menace de me dépasser, je me rapproche à nouveau de celle de devant, elle proteste, elle  prend la caissière placide à témoin.

En moi monte une harpie qui hurle : « Madame a besoin de grands espaces le jour des soldes ? Qu’elle aille les faire au Groënland, au Kazakhstan, à Krasnoïarsk, en mer des Tchouktches (je lui postillonne ces mots au visage). » La harpie en moi arrache son sac, le piétine, lui attrape la tête et la cogne contre celle de la caissière placide, de toutes ses forces, en les empoignant par les cheveux, puis repart, puis revient à la charge, puis les jette par terre, puis leur broie les vertèbres cervicales, puis s’enfuit en courant, puis revient à la charge et hurle et crache.

C’est cette harpie qui s’ébattait en moi entre les aisselles des passagers de ma rame de métro ligne 3.

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