Feuilleton des comparants et des comparés, épisode 1

cahiers1

Le feuilleton en cinq épisodes qui suit est un pseudo-journal d’écriture tenu il y a quelques années, où je pose des cataplasmes rhétoriques sur quelques brûlures réelles.

J’ai parfois du mal à fabriquer des comparaisons en ajointant un comparant et un comparé.

Je regorge de comparants animaux :
– comme une limace qui dépose sa bave de marche en marche sur l’escalier.
– comme un crapaud réfugié derrière mon volet dont je viens de broyer les os sans le vouloir.
Mais je ne sais pas à quoi les comparer, je ne tiens pas de comparé solide.

À l’inverse, quand j’ai quelque chose à dire et que je cherche mes mots, les comparants me lâchent, il ne me reste plus que les comparés. On dirait que les comparants ne se présentent que quand ils sont sûrs de rester vacants. Au moment où j’écris ces mots, une grive lance sur le toit de ma maison les vocalises les plus mélodieuses, avec l’évidence de qui est fait pour chanter. A-t-elle senti que je m’apprête à la comparer ? Son chant s’éloigne, elle m’abandonne.

Qu’à cela ne tienne, je commence une liste de comparaisons unijambistes :
– Comme un homme constamment à l’article de la mort, qui tombe, se casse la tête, se casse le nez, se fracasse, se tord les jambes, et resurgit avec ses vieilles cicatrices aux poumons.
– Comme sonne étrangement le prénom d’un inventeur de maladie : Aloïs Alzheimer.
– Comme l’air martial, menton relevé, que les services de Pompes funèbres donnent uniformément à tous les morts.
– A un enterrement, il arrive assez souvent qu’on ait froid. On ne se couvre jamais assez à un enterrement. (Ceci n’est ni un comparant ni un comparé. Les comparants me lâchent aussi. D’ailleurs, au lieu de faire des comparants, ne serait-il pas plus simple que je raconte directement la mort de papa ?)

Ce contenu a été publié dans griffomanie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *