Sudoku

À Carrefour Hyper, une petite fille et sa grand-mère se tiennent au rayon librairie devant l’espace mots-mêlés-sudoku. La petite fille veut absolument un sudoku et la grand-mère freine : — C’est trop compliqué pour toi, tu vas pas savoir les faire. — Mais si, mamie.

Je suis immédiatement et inconditionnellement avec elle contre la grand-mère : qu’est-ce que cette femme bornée ? Sait-elle faire les sudoku ? A-t-elle déjà essayé ? Par quel préjugé refuse-t-elle a priori les sudoku à sa petite-fille ? — C’est trop dur pour toi. — Mais non, mamie. La grand-mère essaye d’entraîner sa petite-fille ailleurs, la fillette revient à la charge. Finalement la grand-mère bouche pincée prend très haut sur le rayon, hors d’atteinte de l’enfant, d’un geste réservé, étriqué, mesquin, chiche, le plus petit mots-mêlés qu’elle peut trouver. L’enfant prend à son tour et à son niveau un grand sudoku criard. Et la grand-mère cède.

5183mirBPlL._SX361_BO1,204,203,200_Mon sang ne fait qu’un tour. Qu’est-ce que c’est que cette enfant gâtée au nez pointu qui manipule sa grand-mère, qui singe les grands en prétendant faire des sudoku ? Et par quel cargo ce mot hideux, sudoku,  a-t-il atterri en France, inondant les présentoirs de Carrefour au point qu’on doit se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre un mots-mêlés ? Il faut croire que ce lieu n’était pas assez vulgaire pour qu’il soit urgent de le couvrir du mot sudoku. Quand la grand-mère sera morte, quand la petite fille sera mère, elle voudra encore acheter des sudoku pour ses enfants qui voudront plutôt des pudokiki ou des pedukaka, et on en a pour deux générations de sudoku à cause d’une grand-mère qui n’a pas su résister aux caprices de sa petite-fille.

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