Miroirs

Mon éditrice m’a laissé un moment tenir son stand au salon du livre de Saint-Mandé.

Les gens passent, s’arrêtent, tournent un livre, le feuillettent timidement. Certains lecteurs semblent mus par un désir fou, une concupiscence secrète, peut-être étranglés par l’espoir de trouver le livre qui va transformer leur vie. Ils repartent, rôdent, reviennent, hésitent à me parler, prennent leur courage à deux mains. J’arbore un air bon enfant. En voici un qui s’enhardit, qui me regarde presque en face, il est déjà passé deux ou trois fois, a ouvert quelques livres  ̶  dont celui que j’ai écrit. C’est un homme encore jeune, qui me dit en sortant un livre de son sac, sans aplomb, avec avidité : « C’est un livre que j’ai écrit et auto-édité… je cherche un éditeur pour le republier… » Je regarde le livre : Mémoires d’un bouffon triste, éditions du Rubis. Je lis la quatrième de couverture : « Même si je suis devenu en apparence normal, je suis un écorché, un cabossé de la vie, un introverti. Cela n’empêche pas mon entourage de m’estimer. »

Je l’éconduis avec douceur et honte partagée.

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