Sur le quai du métro…

… elle crache méticuleusement dans une poubelle. J’évite de la regarder car je ne veux en rien que nos destins se croisent. Elle pose sur un banc ses deux sacs et son Marie-Claire, boitille vers moi en marmottant quelques mots, je la regarde enfin : c’est une Antillaise au teint terreux et je sais qu’elle m’a confié la garde des sacs. Elle jette un coup d’œil sur le compteur de minutes, va vers les escaliers qui donnent sur la voie, ouvre la barrière « Défense de descendre, danger de mort », referme la barrière, baisse son pantalon au milieu des marches, je vois des fragments de fesses grises. Le compteur passe à une minute. Des passants s’arrêtent, repartent, l’œil neutre, la femme ne relève pas son pantalon. J’entends une vibration, c’est la rame qui vient en sens inverse. Je me donne vingt secondes avant de tirer cette femme de son cabinet périlleux. Le compteur clignote, la femme fourrage dans ses vêtements comme si elle en avait des couches, des couches, et encore des couches, je regarde les gens sur le quai, des statues, je sens une deuxième vibration, je me jette sur la barrière : « Madame, dépêchez-vous, le métro arrive ! » Elle surgit, vermeille : « Oh, vous vous souciez de moi ! Merci… »

Le métro est à quai, elle fouille dans ses sacs, s’essuie longuement les mains, se jette dans la rame, coinçant le Marie-Claire dans la porte.

Du moins je le suppose car j’ai fui dans le wagon d’à côté.

« Gens de voyage », dessins de métro de Leïto

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