J’ai lu récemment des textes de Jon Fosse et de Maeterlinck dont les personnages répètent, se répètent.
Chez Jon Foss, le narrateur répète des phrases avec des variantes, comme une pensée qui pose un objet, s’en écarte un peu, y revient. Un ressassement calme et une progression par avancées et reculs successifs. Un continuum sonore. Un long fjord.
Chez Maeterlinck, la répétition de mots et de phrases est agitée, introduisant une profonde inquiétude. « Ne me touchez pas ! ne me touchez pas ! », dit Mélisande à Golaud dans la forêt. Même quand les personnages n’ont pas de raison de s’affoler, la répétition est exclamative, essoufflée, préfigurant un drame obscur. Dès la scène 1 de Pelléas et Mélisande, les premiers mots, dits par des servantes, sont : « Ouvrez la porte ! Ouvrez la porte ! ». Puis : « Ouvrez donc ! Ouvrez donc ! », quand personne n’est réellement enfermé et qu’il s’agit simplement de préparer une « grande fête ».
L’auteur dit, dans un entretien avec Adolphe Brisson qui lui demande la raison de cette tendance à répéter :
Il n’y en a aucune. Les paysans de chez nous (…) ont coutume de prononcer plusieurs fois les mêmes épithètes ou les mêmes verbes. Cette habitude donne à leur discours un caractère de gravité tout à la fois puéril et sentencieux. Je m’en suis inspiré, jugeant qu’un personnage de légende avait quelque affinité avec un homme des champs et pouvait parler la même langue…(1)
C’est vrai, mais les répétitions inquiètes de Maeterlinck ne concernent pas que les hommes des champs. Elles participent de ce qu’il appelle dans Le Trésor des humbles “le tragique quotidien” (2). Elles sont chargées de silence et laissent deviner une invisible vérité.
Elles me fendent l’âme et j’y reconnais quelque chose de mon propre rythme.

