Qui n’a pas peur d’écrire ? Oui, écrire fait peur, et j’ai horriblement peur d’écrire. Presque autant que de mourir. J’ai si peur d’écrire que je me réfugie chez Guillevic.
Guillevic était un drôle de peureux.
La page 32 commence ainsi : Je veux vous raconter l’histoire de l’attente.
Suivent des circonlocutions exprimant divers scrupules et empêchements. Puis, inopinément, l’ébauche d’une autre histoire qui met la peur et l’attente en acte et en aveu :
Le besoin d’écrire ne suffit pas pour qu’on se mette à écrire. La preuve, c’est qu’il y a des années que j’ai le besoin d’écrire l’histoire des guêpes massacrées par un après-midi d’été, et que je ne l’écris pas. Parce que la peur est plus forte que le besoin. Et je n’ose pas. Comme si ma vie en dépendait. Il me semble que si j’écrivais l’histoire du massacre des guêpes, ma vie finirait, que je me viderais comme un abcès.
Bien sûr, ni l’histoire de l’attente ni celle du massacre des guêpes ne seront racontées, mais bien celle de la peur d’écrire avec toutes ses ruses, ses superstitions, ses circonvolutions, ses “vous me direz que…”, ses faux aveux d’impuissance et ses réponses bancales qui réjouissent le lecteur.
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Et puis je viens de lire Peu à peur, dernier livre de Benoît Colboc dont le titre condense le projet de s’approcher et de s’affranchir progressivement des anciens lieux de peurs.
Benoît Colboc, dont un livre précédent s’intitule Tremble...
peu à peur pied gauche pied droit
pour m’écrire en face
dévêtu de l’enfance
Pas à pas et peu à peur on avance devant soi avec son passé, ses lectures, ses morts, sa vie.
ne pas mourir écrit le poème pour tenter de vivre et aller boiter plus loin.
* Lien vers la belle analyse d’Anne Malaprade dans Poesibao : https://www.poesibao.fr/benoit-colboc-peu-a-peur-lu-par-anne-malaprade-iii-12-notes-de-lecture/
* Lien vers un précédent billet de ce blog sur les deux livres précédents de Benoît Colboc publiés simultanément en 2021, et qui se réfèrent à son enfance à la ferme :














