Je parlais l’autre jour ici des répétitions inquiètes du théâtre de Maeterlinck qui laissent entrevoir un tragique quotidien. Dans la petite pièce Adieu à l’arbre de Tarjei Vesaas, ce sont les interrogations qui scandent le texte et nous mettent, comme les personnages, en constante alerte. Une mère guette la fin de sa vie sous le grand arbre qu’elle ne veut pas quitter, et son fils inquiet la questionne dès le début : « Mère ‒ Tu n’entends pas, mère ? (…) N’es-tu pas assez près ? (…) Tu vas donc rester assise ici ce soir ? » La mère questionne à son tour le fils : « Tu es fatigué, Skjalg ? (…) Tu vois quelqu’un sur la route ? »
Jusqu’à la dernière page, la lutte de la mère contre son départ « par la porte sombre » sera une interrogation : « Vous n’entendez pas que mon arbre se rebelle si bien que toutes les feuilles s’étirent ?» Autant de questions, autant de silences vibrants : « Vous ne voyez pas de quelle porte il s’agit ? »
Jusqu’à ce que la mère abandonne : « Non, mais − (Puis plus rien.)» Le fils tente à son tour de dire : « Écoute –». En vain. Les interrogations qui soutenaient le vie et créaient le contact laissent place à la barre des tirets, comme une porte sombre qui se ferme.
Pour présenter ce texte qui mérite bien plus que mon petit bout de lorgnette, l’éditeur et co-traducteur Olivier Gallon écrit en quatrième de couverture : Soit ici un poème sous forme dialoguée : en cette façon, à l’instar de l’arbre lui-même, d’aller puiser loin dans les mots les ressources cachées de la vie, tandis que celle-ci se trouve confrontée à sa fin approchant, où elle s’affirme et s’engouffre.
(J’ai aussi entendu dire qu’un numéro de la revue Europe pourrait mettre Vesaas à l’honneur au printemps prochain. )
