Dans l’émission de France Culture dont je parlais ici la semaine dernière, il y a autre chose que je digère mal. Pascal Quignard dit que Montaigne n’aime pas du tout Platon, et que lui non plus : « Je ne supporte pas la dialectique. Ce ne sont que des altercations. Les gens se disputent, je déteste ça. »
Platon et Don Quichotte, ça fait beaucoup d’insupportable…
Mais d’abord, est-il assuré que Montaigne n’aime pas les « altercations » de Platon ?
Je lis dans les Essais, Livre II, chap. 12 :
Platon me semble avoir aimé cette forme de philosopher par dialogues à escient pour loger plus décemment en diverses bouches la diversité et variation de ses propres fantaisies. Diversement traiter les matières est aussi bien les traiter que conformément, et mieux : à savoir plus copieusement et utilement.
Pascal Quignard apprécie d’autre part en Montaigne la démarche libre « à sauts et gambades » qu’il reconnaît aussi chez le poète japonais Bashô. Et je retrouve ce texte célèbre dans les Essais (Livre III, chap. 9) :
J’aime l’allure poétique, à sauts et à gambades: c’est une art, comme dit Platon, légère, volage, démoniacle.
Tiens, encore Platon !
Mais la bonne humeur de Montaigne commence à me faire oublier cette malheureuse émission de radio car je lis, dans le Livre II des Essais – où il est aussi question de l’intelligence animale – la façon parfaite dont les animaux se font entendre, avec le récit d’un éléphant amoureux d’une bouquetière et qui sur le marché lui offre des fruits :
Il ne la perdait de vue que le moins qu’il lui était possible, et lui mettait quelquefois la trompe dans le sein par-dessous son collet, et lui tâtait les tétons.
