Havresac
Le mot havresac me grattait la cervelle quand je suis entrée dans la librairie. Ovide était dans les rayons, et mon choix s’est fixé sur Les Métamorphoses que j’avais le désir de relire dans une autre traduction. À la caisse, un jeune vendeur m’a demandé si je voulais un sac. J’ai répondu distraitement : “Non merci, je vais mettre le livre dans mon havresac”. Puis je me suis demandé tout haut : “Qu’est-ce que ça veut dire, au juste, un havresac ?” Le libraire m’a répondu, rêveur : “Pour moi, c’est un grand sac où on met tout ce qu’on a dans la tête”.
Puis il a cherché le mot sur son téléphone mais je n’ai pas besoin d’autre définition que la sienne.
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Le Soulier de satin
“La scène de ce drame est le monde”, prévient Claudel au début de la Première journée : mers à parcourir, continents à conquérir, grandes constellations des deux hémisphères que “je pourrais toucher avec ma canne”. Il y a des moments d’une particulière beauté où c’est le monde qui, à la manière de Shakespeare, devient une scène, et où des éléments de la nature s’interrogent sur le rôle qu’il leur est donné de jouer. Comme dans cette tirade de Don Rodrigue (quatrième journée, scène II) :
Il y a quelque chose qui dit : Pourquoi ? avec le vent, avec la mer, avec le matin et le soir et tout le détail de la terre habitée. — Pourquoi le vent sans fin qui me tourmente ? dit le pin. A quoi est-ce qu’il est si nécessaire de se cramponner ? — Qu’est-ce qui meurt ainsi dans l’extase ? dit le chrysanthème. (…) — Qu’est-ce qu’on appelle l’azur pour que je sois si bleu ? — Que l’eau est une chose forte pour qu’elle m’ait valu ce coup de queue et cette jaquette d’écaille ? — De quelle ruine, dit le rocher, suis-je le décombre ?
N’oublions pas non plus les premiers mots de la pièce, dits par l’Annoncier en tapant le sol avec sa canne :
LE SOULIER DE SATIN
ou
LE PIRE N’EST PAS TOUJOURS SÛR
Précieux dicton.