Laine bouillie

Je déteste la laine bouillie que j’apparente à un steak trop cuit, à une taupe morte, à un esprit brouillé dans une cervelle racornie. Pourtant je sais que certains cabans, lodens et pardessus très élégants sont en laine bouillie. Plus que la chose, c’est peut-être l’idée de laine bouillie que je n’aime pas, l’idée  ̶ peut-être fausse  ̶ que pour obtenir de la laine bouillie il faut durcir par une cuisson acharnée ce qui est naturellement souple. Ou bien la laine bouillie s’associe à une rigidité de la nuque et à une brusquerie des manières que j’ai connues dans le XVIème arrondissement. Ou bien ce sont les sonorités molles et mouillées de laine bouillie que je n’aime pas. Ou bien c’est son goût imaginé de purée grumeleuse d’avoine et de lait plein de peau que grand-mère nous forçait à manger au petit déjeuner.

Le 21 décembre 2016  ̶  quelques jours avant les soldes  ̶  je tombe en arrêt devant une veste vert pomme granny à revers rouges et je l’achète sur le champ. Rentrée chez moi, je trouve que ses boutons ont une allure un peu prussienne. Puis la vérité éclate : la veste est en laine bouillie.

(Cet article aurait aussi bien pu s’intituler : incohérence).

 

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