Trébucher

On n’imagine pas à quel point un petit enfant trébuche. Sa vie est essentiellement trébuchante. Sur les mots, sur les surfaces, en montant, en descendant, en mangeant, en buvant, en reposant son verre, en quittant sa chaise… tout est trébuchement et cela est plein d’allant.
Trébucher pour avancer.

Je me demandais ces derniers jours comment insister sur les bienfaits de ce trébuchement que j’observe chez les petits enfants, quand je tombe en bibliothèque sur un bel entretien de Michel Chaillou avec Jean Védrines :

― (…) Peut-être, suggère Jean Védrines, que l’écriture a besoin d’une sorte de bégaiement originel, créateur.

Trébucher me paraît toujours plus riche d’enseignement que marcher, marcher correctement. Je ne dis pas qu’il faille se casser la figure pour aller, mais, ce que je veux dire par là, c’est que le trébuchement (c’est-à-dire bégayer ses pas) contient en puissance toutes les marches, et pas seulement la rectiligne. (p. 322-323)

« Bégayer ses pas » ou trébucher ses mots pour avancer, m’encourage à dire Michel Chaillou, comme un oiseau amical qui se pose un instant près de moi.

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