Sans voix

Dans l’excellente émission Les pieds sur terre de France culture, au cours de la série « Ma fille sous influence », Hafsa raconte qu’à 15 ans : « On a monté un projet… On a voulu faire comme le Bataclan…Voilà… On s’est dit pourquoi pas tuer le plus de personnes… ceinture d’explosifs pourquoi pas… Mourir en martyr ça fait rêver tout le monde, quoi ». Ces propos n’étaient pas tenus sur un ton provocant mais prononcés comme des évidences, ponctués de légers rires adolescents, comme si elle projetait d’aller danser en boîte de nuit.

J’ai relu tout à l’heure le poème des Orientales intitulé « L’Enfant », inspiré des massacres de Chio par les Turcs. Dans l’île, « tout est ruine et deuil » :

« Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,/Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois/Un chœur dansant de jeunes filles. »

On sait que seul subsiste près des murs noircis de Chio un bel enfant auquel le poète propose, pour essuyer ses pleurs, un lys bleu, un fruit du tuba, un oiseau merveilleux, et qu’au dernier vers l’enfant répond ces huit monosyllabes en rafale de mitraillette: « Je veux de la poudre et des balles ».

Mais qu’écrirait Victor Hugo en entendant Hafsa ? Habitué à toutes sortes de  déformations et difformités, il aurait pourtant, je crois, du mal à saisir dans ses réseaux d’antithèses ce « viva la muerte »  folâtre.

Au moment où je termine ce billet j’apprends qu’un nouvel attentat a eu lieu à Tunis.

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