Trois fils d’avril

Petit Poucet

Samedi, un garçon de six à sept ans marchait tout seul en pleurant dans l’avenue Ledru-Rollin, repoussant la sollicitude des passantes. En guise de cailloux, il tenait contre son oreille gauche un smartphone plus grand que sa main.

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En tout cas

Je me souviens que c’est une expression que j’ai su dire très jeune, vers l’âge de trois ans. Sans être capable d’en décomposer les termes j’aimais prononcer cet entouka ouvert comme une aile accueillante.

Je me souviens aussi qu’à peu près au même âge, Louise, s’amusant à classer de diverses manières les fioles et savons du bord de la baignoire, aimait répéter en fonction de.

Je me souviens enfin des par contre que disait Lazare à l’âge de deux ans.

Mieux que beaucoup de noms du lexique, ces expressions me semblent des clés sûres pour ouvrir l’esprit.

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Linéament

L’âge aidant, les mots que l’on cherche se dérobent. Mais il arrive parfois au contraire que l’on se réveille avec un joli mot en tête, un mot sans lien visible avec rien. Ce matin, linéament s’est déroulé en moi comme une jeune feuille de fougère.

Les linéaments (mot souvent employé au pluriel) sont, dit le dictionnaire CNRTL, les premières traces de l’embryon chez tout être vivant. « Les premiers linéaments de l’organisation, […] les premières ébauches de l’ordre des choses et du mouvement intérieur qui constituent la vie se forment tous les jours sous nos yeux. » (Lamarck, Philosophie zoologique).

Tolia en lévitation (Photo N et JM Levinson)

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2 réponses à Trois fils d’avril

  1. robinet dit :

    Merci pour ces “je me souviens..” à la manière de Perec. Ils sont doux et nostalgiques, n’ont rien perdu de la fraîcheur de l’enfance et de ses étonnements. Enfant courant avec sa pelle sur la plage ou petit poucet avec son smartphone (pelle et smartphone plus grands qu’eux!), comme on s’enchante de les retrouver, un peu tristes aussi de ne pas savoir les consoler… Et ces mots mystérieux, les ‘entoukas” qui continuent de nous faire rêver… Bravo! Un abrazo

  2. Dany Pinson dit :

    Heureux de retrouver vos réflexions sur les petits accrocs dans le tissus quotidien, gracieuses, touchantes, éphémères.
    Ce petit garçon de l’avenue Ledru-Rollin fut-il né trente ans plus tôt, c’est la main de sa mère, la main de son père qu’il eût serrée dans la sienne, et non un smartphone pour se consoler. Désolant progrès, misérable orthèse.

    Lazare, quel beau et rare prénom.

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