Volontilité

J’ai griffonné l’autre nuit dans un début de réveil :
« Cette volatilité de tout. Des pensées comme des moineaux. Volatilité mais insistance. Retour, volonté. Volontilité. »

Au matin, une journaliste de France Inter conseillait de compter les oiseaux de notre jardin et de transmettre le résultat à un observatoire.
Compter des oiseaux ! Leur dire, comme aux élèves qu’on emmenait en excursion :  “Bougez pas, on vous compte.”

Me revient le poème de Henri Michaux L’oiseau qui s’efface (La Vie dans les plis) :

Il bat de l’aile, il s’envole.
Il bat de l’aile, il s’efface.

Il bat de l’aile, il réapparaît.

J-L. Gérôme (vers 1849). Léonard de Vinci libérant des oiseaux

J’ai l’impression qu’on supporte aujourd’hui moins bien qu’au siècle dernier de voir un oiseau en cage. Tous les jours je passe devant un fleuriste qui étale sur le trottoir des plantes luxuriantes au milieu desquelles trois perruches pépient derrière leurs barreaux d’une manière qui me semble pathétique. Sachant que les perruches se sont bien acclimatées à l’Ile de France, j’ai à chaque fois le projet de les acheter pour les libérer comme faisait Léonard de Vinci.

Après une vingtaine de pas je les oublie.

Volontilité.

(D’ailleurs elles ne sont pas à vendre).

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3 réponses à Volontilité

  1. François Le Guennec dit :

    Nous ne sommes pas à l’île de France, chère Nathalie. D’ailleurs imaginer du mal-être chez la perruche en cage (chez la méruche de même) c’est anthropomorphisme, comme prêter à la divinité de la tendresse et de la compassion.
    Mais vos néologismes nous ravissent !

  2. robinet dit :

    Plus d’oiseaux! Je les croyais disparus jusqu’au jour où j’ai suspendu une mangeoire à la branche d’un cerisier. Après quelques jours de latence, les premiers sont venus pour sonner l’appel. Mésanges, moineaux, rossignols et autres ont accouru de partout. De loin, pour ne pas les troubler, j’admire leurs voltiges. Merles et pies grappillent les graines tombés au sol, mais aussi hélas! ces gros lourdauds de pigeons dont le roucoulement grasseyant m’est désagréable. Oh oui ! pas de cages… mais des arbres et le ciel tout entier. La maison étant bonne; ils nidifient partout… Un abrazo

  3. Dany Pinson dit :

    Cette histoire d’oiseau en cage et de disparition me rappelle un poème de Jacques Prévert, poète d’une émouvante simplicité. Cela s’appelle : ”Comment faire le portrait d’un oiseau”

    Peindre d’abord une cage
    avec une porte ouverte
    peindre ensuite
    quelque chose de joli
    quelque chose de simple
    quelque chose de beau
    quelque chose d’utile
    pour l’oiseau
    placer ensuite la toile contre un arbre
    dans un jardin
    dans un bois
    ou dans une forêt
    se cacher derrière l’arbre
    sans rien dire
    sans bouger …
    Parfois l’oiseau arrive vite
    mais il peut aussi bien mettre de longues années
    avant de se décider
    Ne pas se décourager
    attendre
    attendre s’il le faut pendant des années
    la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
    n’ayant aucun rapport
    avec la réussite du tableau
    Quand l’oiseau arrive
    s’il arrive
    observer le plus profond silence
    attendre que l’oiseau entre dans la cage
    et quand il est entré
    fermer doucement la porte avec le pinceau
    puis
    effacer un à un tous les barreaux
    en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau.
    Faire ensuite le portrait de l’arbre
    en choisissant la plus belle de ses branches
    pour l’oiseau
    peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
    la poussière du soleil
    et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
    et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter.
    Si l’oiseau ne chante pas
    c’est mauvais signe
    signe que le tableau est mauvais
    mais s’il chante c’est bon signe
    signe que vous pouvez signer
    Alors vous arrachez tout doucement
    une des plumes de l’oiseau
    et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

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