Le sillage du roman Marie-Claire de Marguerite Audoux, relu et chroniqué en mars dernier (voir lien en fin d’article) ne s’est pas encore effacé en moi. Comme pour Coetzee avec son “abattoir de verre”, ma mémoire a surtout gardé dans ce livre la relation de l’humain à l’animal.
Marie-Claire, jeune bergère, se voit un jour ajouter une chèvre à son troupeau de moutons : « Cette chèvre était plus difficile à garder que le troupeau tout entier ». Et en effet, à lire les pages qui lui sont consacrées, le lecteur éprouve pleinement l’étymologie du mot « caprice ». Cette chèvre désorganise le troupeau en disparaissant tous les jours dans un bois de jeunes sapins et oblige Marie-Claire à aller la chercher en se piquant aux branches. Pendant ce temps les moutons sans surveillance en profitent pour brouter les futures récoltes d’un champ d’avoine, et la bergère se fait réprimander.
Mais heureusement :
Comme je sortais un jour de la sapinière avec mes cheveux tout défaits, je fis un mouvement de la tête qui les ramena en avant. Aussitôt, la chèvre fit un bond de côté en poussant un bêlement de peur. Elle revint sur moi, les cornes basses ; mais je baissai la tête en secouant mes cheveux qui traînaient jusqu’à terre ; alors elle se sauva en faisant des cabrioles impossibles à décrire. Chaque fois qu’elle entrait dans la sapinière, je me vengeais en lui faisant peur avec mes cheveux.
Tête baissée, barbichue, fantasque, la bergère est devenue plus chèvre que la chèvre.
Comme toute littérature vraie, ce livre redonne leur sens propre à des expressions que nous employons, sans y penser, au figuré.
(A suivre)
lien vers l’article de La Cause littéraire : http://www.lacauselitteraire.fr/marie-claire-marguerite-audoux-par-nathalie-de-courson?fbclid=IwAR28j37QTKbgL8upv-qdrmAnrDAWnqZ0Nz_5MlNhjY9TL5-jY3yzzL0pq48








