Navet

Une grattilité part d’un mot, mais elle n’est pas toujours une définition. Elle peut, par hasard, devenir une histoire :

Lise achète un navet chez Dia et une phrase lui gratte la tête : « Je suis navré ». Je suis navré, je suis navet, clown blanc bras écartés dans un mauvais cirque. Ne jamais croire les assureurs et les banquiers qui vous disent : « Je suis navré ».

Un garçon de dix ans demande au vendeur de Dia où sont les navets. Le vendeur grognon lui dit : « Hé, regarde devant toi au lieu de poser des questions, tu sais pas regarder? » L’enfant attrape d’un air dégagé ce qui a pour lui une allure navet : un radis noir, une racine de gingembre. Lise lui demande :  » Tu sais comment c’est des navets ?  » Le gros garçon fait non en baissant la tête. Lise lui montre les navets, approuvée par une dame. Les deux poules gonflent leurs ailes en glougloutant, l’enfant vergogneux s’esquive avec ses navets.

Le navet me navre. Son écorce grisâtre vire au violacé comme une passion qui ne s’épanouit pas, une libido qui s’affirme sur le tard, une sexagénaire en minijupe folle amoureuse d’un ami de son fils cadet. La chair du navet cuit, molle et fade comme son nom, a une odeur d’hospice.

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