Une peau pour un blog

Contenu sans contenant palpable, un blog n’a pas de peau, pas de contours, pas de couverture, pas de support manipulable, pas de prix, pas de nombre d’exemplaires. On ne sait ni où on le commence ni où on le finit car sa fin devient son début. Ses lecteurs sont virtuels, hasardeux, fantomatiques, glissant là par hasard pour rebondir ailleurs.

Il arrive bien sûr que des billets de blog soient rassemblés en livre.

SuiedUn cas émouvant est celui du blog de poésie tenu par Alain Suied pendant la dernière année de sa vie, entre 2007 et 2008 : Sur le seuil invisible, testament poétique qu’il adresse personnellement à ses neveux, et engin spatial que lance dans l’univers anonyme du web ce poète sensible aux espaces infinis.

Les proches et le lointain.

Poème

Toutes les langues disparaissent
tous les monuments tombent en poussière
tous les regards se perdent
dans les galaxies de l’espace inconnu

pourtant tu dois écouter la poussière (…)

Ce Poème est le premier qu’Alain Suied a écrit, donc celui qui apparaissait sur le blog en dernier. J’ignore si le poète était gêné par cette inversion temporelle, si elle lui était indifférente, ou si elle satisfaisait sa tendance à croiser naissance et mort, fin et commencement :

De la mort à la naissance
Quel fil s’est dénoué

Et de quel labyrinthe ?
                                              Histoire illustrée de l’invisible, Dumerchez, p. 14

En tout cas le blog a été fermé par ses héritiers et publié en 2013 dans un volume qui redresse le temps et offre une urne à la poussière que nous écoutons aujourd’hui.

(En marge : ceci n’empêchait pas le poète de poursuivre son oeuvre ordinaire. Son dernier recueil posthume, Le Visage secret, est paru en 2015)

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