Une deuxième paire d’yeux

                                                                                                                                                                   Lao She PaintLao She (1899-1966) conseillerait à ses enfants, s’ils souhaitaient devenir écrivains, de connaître d’abord le chinois de manière claire et précise, et d’apprendre en outre une langue étrangère, pour avoir « une deuxième paire d’yeux ». (Écrits de la maison des rats, p. 74).

Ajoutons que pour bien s’imprégner d’une langue étrangère il faut acquérir un deuxième jeu de physionomie, une deuxième paire d’oreilles et un deuxième gosier. En Espagne j’ai besoin de plusieurs jours et d’un bon verre de jerez pour que mon palais, mes dents, mes lèvres, ma gorge, mes cordes vocales se moulent aux sons de la langue. Il me semble aussi que quand je suis parvenue à une certaine aisance en espagnol mes yeux roulent différemment et que mon timbre de voix  ̶  notamment en fin de phrase  ̶  est un peu plus grave qu’en français.

De même qu’il y a un grain de la voix, je crois que chaque langue et chaque accent de langue a son grain.

Ce contenu a été publié dans Istmica. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *