Dans l’oeuf

Il y a quelques mois je suis sortie de l’exposition Magritte au Centre Pompidou insatisfaite sans savoir de quoi. Qu’est-ce que cet œuf en cage et cette cage en cadre, et pourquoi suis-je retournée voir cet œuf avant de partir ? C’est comme si je m’étais approchée de quelque chose qui n’aurait pas éclos.

Traînant dans la boutique du musée, je vois La Rage de l’expression de Francis Ponge, et je me dis : « Je vais l’ouvrir à une page au hasard : si je n’y trouve pas quelque chose qui me touche au plus près, je suis perdue. »
Je lis p. 112 : Ne rien porter au jour que ce que je suis seul à dire.
L’exigence est sévère.

De retour chez moi je m’aperçois, en consultant mon vieil exemplaire de La Rage de l’expression, que j’avais déjà souligné ce passage d’un coup de crayon. Est-ce toujours autour de soi-même qu’on rôde ? Soi-même est-il une cage ? Je lis à rebrousse-page : « Notes prises pour un oiseau », p. 42, je tombe sur une citation que Ponge a trouvée dans le Littré :
De put oef put oisel (« de méchant œuf méchant oiseau », Leroux de Linay, Proverbes).
Encore un œuf ? Et put, en plus.

Mais par chance je me souviens d’un autre proverbe, espagnol, découvert il y a longtemps dans Les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand, et dont j’avais immédiatement fait une devise personnelle :

A chico pajarillo chico nidillo (« à petit oiseau petit nid »).

L’oisillon espagnol piaille mieux que le « put oisel ». J’ai toujours aimé les nids, les maisonnettes, les cadres et les bords pour accueillir ce qui pépie et ne frétille qu’en moi.

Sans que ceci me débarrasse de Magritte dont l’énigme évidente me frôle et rôde et fait retour.

 

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