Empathie

Au XXème siècle est apparue, venue je ne sais d’où, l’empathie, « pouvoir de se mettre à la place d’autrui et de ressentir ce qu’il éprouve ». Le marché regorge de livres qui en abordent plusieurs aspects contradictoires (ou complémentaires).

Dommage que l’empathie tende à remplacer un très bon, très riche et très vieux mot : sympathie.

Définitions du dictionnaire CNRTL : Sympathie. A. Attrait naturel, spontané et chaleureux qu’une personne éprouve pour une autre. B. Concordance entre deux ou plusieurs personnes que rapprochent certaines affinités, certains goûts ou jugements communs. C. Bonne disposition, attitude favorable, sentiment de bienveillance envers quelqu’un ou quelque chose. D. (Nous voici à ce qu’empathie a usurpé). Fait de s’associer aux sentiments d’autrui (…). En particulier, participation à des sentiments de tristesse, compassion. »

Je ne résiste pas à l’envie de donner, pour sympathie (et par sympathie), un exemple du CNRTL, tiré du Journal de Gide qui jouait tous les jours du piano :

« Mon don de sympathie décroît et je fais moins volontiers mienne l’émotion du musicien que j’interprète, façon très compliquée de dire que je joue moins bien. Sans doute ce retrait de la sympathie vient aussi de ce que je prends conscience plus nette de moi-même et de ma valeur, façon compliquée de dire que la vieillesse invite à l’égoïsme ».

Le choix de sympathie est ici d’autant plus heureux qu’en acoustique musicale il signifie la vibration d’un corps sonore en contact avec un autre.

Je ne résiste pas non plus à l’envie de relire l’acte II scène 6 du Malade Imaginaire, quand le docteur Diafoirus explique à Argan qu’il est malade de la rate ‒ ou parenchyme splénique ‒ en même temps que du foie, « à cause de l’étroite sympathie qu’ils ont ensemble, par le moyen du bas breve du pylore, et souvent des méats cholidoques. »

Ah, si Diafoirus avait connu l’empathie !

 

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2 réponses à Empathie

  1. marie-paule Farina dit :

    entièrement d’accord avec toi Nathalie et pour le plaisir ce fragment d’une très belle lettre de Flaubert à Louise Colet: “A quelque jour j’écrirai tout cela, le jeune homme moderne, l’âme qui s’ouvre à 16 ans par un amour immense qui lui fait convoiter le luxe, la gloire, toutes les splendeurs de la vie, cette poésie ruisselante et triste du cœur de l’adolescent, voilà une corde neuve que personne n’a touchée.
    O Louise, je vais te dire un mot dur, et pourtant il part de la plus immense sympathie, de la plus intime pitié. Si jamais vient à t’aimer un pauvre enfant qui te trouve belle, un enfant comme je l’étais, timide, doux, tremblant, qui ait peur de toi et qui te cherche, qui t’évite et qui te poursuive, sois bonne pour lui, ne le repousse pas, donne-lui seulement ta main à baiser. Il en mourra d’ivresse. Perds ton mouchoir, il le prendra et il couchera avec, il se roulera dessus en pleurant. Ce spectacle de tantôt a rouvert le sépulcre où dormait ma jeunesse momifiée, j’en ai ressenti les exhalaisons fanées. Il m’est revenu dans l’âme quelque chose de pareil à des mélodies oubliées, que l’on retrouve au crépuscule durant ces heures lentes où la mémoire, ainsi qu’un spectre dans les ruines, se promène dans nos souvenirs.”(lettre du 12 avril 1846, bien avant “L’Education sentimentale”)

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