Disparitions

Il y a des nostalgies que je partage et d’autres pas.

Je suis triste, par exemple, de la disparition des montres et horloges à aiguilles qui donnent au silence un tempo.

Je ne suis pas triste, en revanche, comme le psychanalyste Serge André, de la disparition des ratures liée au développement de l’informatique. On va, dit-il, dans le sens de la disparition de l’histoire d’un texte, de l’histoire tout court, « pour n’imposer que du présent, du toujours actuel »*.

Concédons qu’une étude génétique a besoin de l’examen des ratures et que les épreuves de Balzac nous enchantent.

Epreuve des Employés de Balzac (p. 145). Source : Wikipedia

Mais le déclinisme de Serge André ne me convainc pas. La disparition en un clic de formules maladroites ou imprécises n’est pas celle de « l’Histoire tout court », et ce doux clic donne à celui qui écrit une agilité stimulante pour tordre et distordre ses phrases. On n’est pas obligé d’exhiber les balbutiements et borborygmes du travail d’écriture, et si on craint de regretter des états antérieurs d’un texte il suffit de dater et de sauvegarder les dossiers constitués.

Le traitement informatique des textes  ne nous empêche pas de collectionner cahiers et stylos colorés, d’avoir nos « paperolles » secrètes et d’aimer l’odeur des papeteries.

P.S. Pour ce qui est des disparitions liées à l’apparition d’Internet  d’autres billets seraient nécessaires.

* Je ne retrouve malheureusement pas la référence de ma citation, notée sur un carnet. Je suppose qu’elle appartient à L’Ecriture commence où finit la psychanalyse, seul texte de Serge André que j’ai lu et qui contient d’autres affirmations encore plus contestables.

 

 

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9 réponses à Disparitions

  1. marie-paule Farina dit :

    je suis d’accord avec toi, lire un texte sur un ordinateur ou une plaquette m’enlève tout plaisir de lecture. Pour lire j’ai besoin d’aller et venir dans un texte, d’y tracer mon parcours et pour cela le livre papier m’est indispensable, par contre pour écrire je suis définitivement passée à l’ordinateur et j’y trouve une liberté formidable. La vie serait plus simple si on pouvait toujours aussi facilement effacer toutes traces de ses hésitations et de ses erreurs 🙂 🙂

    • J’approuve grandement ta dernière phrase 🙂 (je doute par contre qu’elle convienne à tous les psychanalystes !)
      Pour la lecture : j’aime aussi les libraires, les éditeurs et les rayons pleins de livres. J’avoue ne jamais m’être habituée à une liseuse que l’on m’a offerte et qui traîne dans un tiroir depuis 7 ans. Un jour je la mettrai sur “Le bon coin”.
      Pour l’écriture : il y a un plaisir de taper comme un plaisir de griffonner. En bibliothèque (quand elles sont ouvertes) j’emporte plutôt un cahier car je cogne sur mon clavier comme sur une Olivetti des années 50 et que mes voisins, qui émettent de doux cliquetis, me regardent de travers.

  2. Charles dit :

    Comme tu le sais, Nathalie, mon humour est parfois lourd. Mais les remarques de cet auteur sur les ratures, m’ont fait penser à cette phrase, lue hier sur Internet (quelle horreur !) : “J’aimais bien les moulins, avant”.
    Comme je te l’envoie sur un ordinateur (que les informaticiens appelaient encore il y a peu, un moulin ou la bécane), tu pourras facilement effacer mon billet s’il ne te plait pas.
    Ah la nostalgie de la plume d’oie! Un jour j’écrirai un gros livre (plein de ratures) où je démontrerai que l’on appelle “traditions” tout ce dont on a pris conscience vers 12 ans. Ensuite, est venu le monde actuel, qui, on le sait tourne le dos aux traditions. J’intitulerai mon livre “Quand je suis né, le monde a changé”.

  3. robinet dit :

    D’accord avec toi : merveilleux progrès que de pouvoir se corriger sans problème, déplacer phrases et mots etc. .. Je n’écris plus en prose que grâce à l’ordinateur. En revanche, pour écrire un poème, j’ai besoin du papier et d’un stylo. C’est dû probablement au rythme de l’écriture, à ses errements et à ses longs silences. En revanche je les retravaille sur l’ordinateur.
    Pour ce qui est de la lecture, j’ai besoin du livre. En revanche, je lis le Journal sur ordinateur!
    Un abrazo

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