Trois notulettes pour finir l’année

« Avoir la chance de »

Presque à chaque fois que j’écoute l’interview d’un musicien sur France Musique, il ou elle dit : « J’ai eu la chance de ». Et c’est vrai que beaucoup de musiciens ont eu et ont encore la chance d’être musiciens.

Moi, je me dis quelquefois : « J’ai la chance d’aimer rester assise à un bureau ».

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Provision de métaphores

Comme le suggérait Manganelli dans ce texte dont je n’ai toujours pas retrouvé la référence, la nature nous fournit une grande provision de métaphores. Depuis que je sais que les scorpions ont huit poumons j’ai envie de dire d’un ténor, d’un trompettiste, d’un athlète, ou d’un écrivain prolixe et venimeux : « Quel souffle de scorpion ! »

Riftia pachyptila des Galapagos, (source Wikipedia)

J’ai découvert aussi, dans l’émission La Terre au carré sur France Inter, un ver géant des grands fonds du Pacifique, le riftia pachyptila, qui ne possède ni bouche ni intestin ni anus. Son corps contient un grand sac, avec des bactéries qui lui préparent ses repas. On pourrait déjà tirer de ce nom des expressions populaires : « Nan mais tu’ t’prinds pour ch’pachaptila ?” dirait entre Amiens et Valenciennes une mère à son fils qui refuse de mettre le couvert.

Mais quelles seraient les comparaisons littéraires les plus idoines ? « Fermé comme un riftia pachyptila » ? « Indépendant comme un riftia pachyptila » ? Non, car il paraît que ces grands vers vivent en symbiose avec leurs bactéries et servent de refuge à plusieurs petites espèces qui s’associent à eux. « Accueillant comme un riftia pachyptila » ?
Il y a dans ce ver géant galapagosien un Nouveau Monde qui mérite d’être exploré autant que celui du gosier de Pantagruel. Encore faut-il y entrer, et une fois qu’on s’y trouve, difficile d’en sortir. Peut-être l’organisation des riftia pachyptila pourrait-elle alors servir de modèle pour diverses sectes, confréries, congrégations et phalanstères. Ou pour un écrivain qui, loin de ceux qui butinent leur substance de fleur en fleur, produit lui-même le suc bactérien qui le nourrit ?

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Sur un banc public

Peu nombreux sont les poètes et les poèmes qui me font rire. Et quand c’est le cas, comme il est difficile de trouver un ton pour les commenter ! On se contenterait bien de les citer, et ma foi c’est ce que je vais faire maintenant avec ce fragment d’”Éloge appuyé des bancs“, extrait de Et puis prendre l’air d’Étienne Faure.

« Ça reste entre nous », phrase ouatée qui appelle la discrète approbation de la tête voisine, un simple clignement d’yeux : ça va sans dire. Mais si la voix ne baisse pas, le secret s’évapore et s’en va gonfler la rumeur de la ville : tout ce qui se dit alors sur un banc passe au domaine public. Papotage et causerie, par effraction l’oreille y prend part, et te voici cherchant des mots sans rien dire dans la conversation d’à côté. D’un fil et d’une aiguille un homme recoud un bouton.

 

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4 réponses à Trois notulettes pour finir l’année

  1. le guennec dit :

    Paresseux de formation, je ne peux que souscrire : mieux vaut citer que gloser.
    Heureuse fin d’année, et entrez du même bon pas dans la nouvelle !

  2. robinet dit :

    Sacré ver autosuffisant! On l’envierait presque si on ne craignait à la longue de s’ennuyer… Bravo pour ce bel humour de fin d’année! Tous mes vœux.
    Un abrazo

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