Déménagements

Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.

Ce début du poème en prose Any where out of the world de Baudelaire m’est encore revenu en tête ce matin, dans une file d’attente du Boulevard de Magenta où je lisais, sur le magazine de la femme qui attendait devant moi : « Déménager, changer d’air ».

Presque tous les jours j’entends parler de déménagement. Les médias me confirment que cette année passée devant les mêmes écrans, derrière les mêmes murs et sous les mêmes plafonds fait surgir chez les Français une grande envie de changer de lit, de chambre et de maison.

Derrière moi dans cette file d’attente un homme priait, les paumes tournées vers le ciel, réalisant de la façon la plus extatique le souhait de Baudelaire à la fin de son poème :

N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors du monde !

Pour moi, bien que j’eusse préféré ce matin être à Lisbonne, Rotterdam ou Batavia plutôt que sur le macadam du boulevard Magenta, j’aurais tendance à dire comme Max Jacob :

Mets des ménagements / Au déménagement

Et je me contenterai de rester autant que possible dans cet hôpital de la vie, en me soignant près du poêle en hiver et devant la fenêtre en été.

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4 réponses à Déménagements

  1. Dany Pinson dit :

    Long time no see, Nathalie, n’eût pas dit Baudelaire. Mais vous nous revenez accompagnée de cette acrobatique pirouette de Max Jacob, dont la fraîcheur et l’ironie ne laissent en rien paraître les tourments et l’ascèse de leur auteur : l’humour est la politesse du désespoir.
    Magenta sous le cagnard, quelle faute vous fallait-il donc expier ?

  2. François le guennec dit :

    Je pensais moi aussi que retrouver Paris soulagerait tous mes maux. Mais on est à la BNF aussi incapable qu’en province de me donner les renseignements que je souhaite. De plus, les photocopieuses ont été restituées à leur propriétaire, et celles du nouveau contrat n’étaient pas arrivées. J’ai donc pris l’air de Paname, mais pas les paroles !

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