Cuculiformes

Le coucou gris de chez nous appartient à l’ordre des cuculiformes, disent les ornithologues. Juste avant la fécondation, le coucou mâle présente un petit brin d’herbe au coucou femelle.
C’est bucolique, la copulation des cuculiformes.

Mais comme on le sait, son idylle à peine dénouée, la femelle s’envole vers le nid d’un autre oiseau pour y pondre et laisser les futurs cuculets en couveuse. La voici libre comme l’air. Je devine pourquoi cette pratique a engendré le mot cocu et inspiré la complainte du mari trompé : Ne prenez point femme dans le mois de mai / Moi j’en ai pris une qui s’est foutu d’moé. / J’ai ouï le coucou, j’ai ouï le coucou chanter. (Il y a des variantes).

Ce n’est pas tout : il paraît qu’une fois sorti de l’œuf, le petit coucou se fait nourrir et réchauffer pendant une semaine par ses parents adoptifs. Les bons morceaux de tout, il faut qu’on les lui cède, comme dit Molière dans Tartuffe, quitte à jeter hors du nid les oisillons légitimes Sans délai ni remise, ainsi que besoin est.

Qui croirait que les deux notes claires des cuculiformes recouvriraient tant d’infâmie ?

Bachelard s’amuse de ce que l’esprit des hommes construit à partir des mœurs de cet oiseau :

(L’imagination) se complaît à ajouter des ruses, des savoirs aux habitudes de l’oiseau squatter (…) Cet animal qui dit « cou-cou » connaît bien l’art de se cacher. Il est un plaisantin du jeu de la cachette. Mais qui l’a vu ? Comme tant d’êtres du monde vivant on connaît plus le nom que l’être. (…) S’étonnera-t-on que l’oiseau qui sait si bien se cacher ait pu se voir attribuer une telle puissance de métamorphose que pendant des siècles, au dire de l’abbé Vincelot, « les anciens aient pensé que le coucou se transformait en épervier ?
(La Poétique de l’espace, ch. V, 10).

 

 

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2 réponses à Cuculiformes

  1. robinet dit :

    Que penser de ces géniaux et si malins cuculiformes, sinon qu’on aimerait emprunter leurs ailes pour grappiller un peu partout, comme tu le fais, les fruits (ou les œufs) de la poésie. Admirables voltiges de ce Blog qui épouse si bien le printemps actuel !
    Cou-cou ! crie l’oiseau peu scrupuleux. Je ne suis pas si mesquin, puisque je vous invite à la fête. Oubliez un instant les moralistes qui font grise-mine. Ecoutez-moi chanter!
    Un abrazo

  2. Dany Pinson dit :

    Permettez-moi une petite rectification, chère Nathalie : avant la fécondation, le mâle n’offre pas un brin d’herbe à la femelle, mais un bouquet de coculicots.

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