Sur le chemin de Morteparole

Morteparole est le beau titre d’un roman de Jean Védrines, publié en 2014, qui parle de l’appauvrissement du langage et de la culture dans l’institution scolaire.

J’ai longtemps fait partie de cette institution.
Les transformations importantes arrivent « sur des pattes de colombe », dit Nietzsche. De temps en temps, au cours d’une insomnie, je retrouve ces petites traces de pattes qui se sont imprimées sur mon chemin.

En voici trois :

– Le jour où une inspectrice de la Vie scolaire m’a dit qu’étudier au collège des Métamorphoses d’Ovide était une perte de temps. (Les inspecteurs Vie Scolaire s’occupent de discipline et non de littérature. Craignait-elle qu’Echo, Narcisse ou Arachné déclenchent une émeute dans les classes ?)

– L’année où les manuels de grammaire ont disparu des collèges et que la discipline grammaire a été remplacée dans les instructions officielles par outils de la langue. La volonté était de décloisonner (le mot était sur toutes les lèvres pédagogiques) les diverses rubriques de l’enseignement du français : orthographe, conjugaison, grammaire, étude des textes. Le tout était désormais subordonné à l’étude des textes sans apprentissage systématique.

– Le jour où (cela devait être en 2009), lors d’un conseil de professeurs, j’ai été reprise parce que j’avais employé au sujet d’un élève le mot paresseux. Ce péché capital n’avait plus rien à voir avec le travail scolaire. Seule une notice pharmaceutique pouvait encore l’inclure : « Forlax, pour intestins paresseux ». Je parie qu’aujourd’hui la formule a disparu des notices, trop discriminatoire pour certains viscères.

 

 

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3 réponses à Sur le chemin de Morteparole

  1. Robinet dit :

    Credo quia absurdum est !

    Et il y a encore des vocations d’enseignants…C’est admirable!

    Un abrazo

  2. Les pattes de mouette auraient-elles une paternité nietzschéenne ?

    J’ai passé ma vie à “décloisonner”, et cette vie est déjà loin, car je suis retraité depuis plus longtemps que vous. J’ai aussi consacré une grande part de cette vie à ma “grammaire de l’idée”; jamais publiée parce que toujours en chantier. C’est la partie théorique du décloisonnement.
    Et j’ai joyeusement fait entrer Ovide, Colette, Guillevic, Raymond Queneau et les autres (plus on est de fous…), par la porte ou par la fenêtre.
    C’est ma plus intime satisfaction : j’ai toujours fait ce que je croyais devoir faire et non ce que des inspecteurs auraient pu me demander.
    Je vous souhaite la même.

  3. Pour ma part, j’ai constaté que ce “décloisonnement” a nettement appauvri l’enseignement de la grammaire. Je garde une affection pour un certain manuel de 4ème-3ème que je pratiquais dans les années 80 avec mes premiers élèves, et qui donnait des exercices systématiques sur les subordonnées de concession, avec la distinction entre “quel que” et “quelque… que”. Qui étudie ça aujourd’hui ?

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