Ça va faire bientôt 10 ans que je n’enseigne plus. Ce matin, en faisant mon lit, je pensais à certains parents d’élèves dédaigneux : « Elle rabâche tous les ans les mêmes classiques. Molière, Racine… Elle pourrait pas introduire des trucs un peu plus nouveaux ? »
J’adorais reprendre les mêmes œuvres : Dom Juan, Phèdre, Le Bateau ivre, Les Fleurs du Mal. Et même si je les commentais sans doute à peu près de la même manière, j’avais toujours l’impression que c’était aussi vif que la première fois. Je relisais – et je relis encore – Molière et Baudelaire avec autant d’enthousiasme qu’un musicien qui interprète une partition. Un musicien, ça répète. Un comédien aussi. Un professeur aussi.
Et pour honorer le titre de ce billet, j’ajouterai que j’introduisais aussi chaque année des auteurs nouveaux, avec le plaisir frais que l’on a quand on change les taies des oreillers.
Taies d’oreiller fraîches, relecture de Balzac, plaisirs minuscules mais essentiels.
Je constate que l’on trouve de plus en plus de livres classiques parmi les dons aux bibliothèques ou dans les boîtes à livres. Ils sont déposés par des personnes adultes, plutôt âgés. Peut-on penser que leurs enfants et petits-enfants rachèteront les mêmes ouvrages ? J’en doute.
Moi aussi !
Enfant, je ne me lassais pas de lire mes classiques :
Alors je quittais le fauteuil où je m’étais endormi, prenais un livre dans la petite bibliothèque vitrée, à droite en face de l’escalier, j’ouvrais au hasard, lisais et chaque fois je plongeais : “… pourtant les beaux jours approchent, car dans les couchers de soleil, des coulées de lumière plus chaudes se déversent de l’horizon, et dans les nuits plus claires, passent des souffles tièdes” (Emile Moselly). J’entrais alors dans l’irrésistible singularité du réel et du langage.