Un personnage du dernier livre de Stéphane Bouquet, Tout se tient (2025), passe devant le cabinet d’un architecte paysagiste qui présente la photo d’un chalet.
S’il sonnait et entrait, sûrement qu’on voudrait lui
vendre le décor pétillant d’une vie avec vue sur le lac
Ces deux vers ne sont pas les plus importants du livre. S’ils résonnent en moi, c’est tout simplement parce que dans les maisons de mon enfance j’ai bénéficié d’un certain nombre de « vues sur » :
Devant le « chalé » (nom qu’on donne en Espagne aux villas) où je passais mes vacances, vue sur un lac et des pinèdes (qui ont récemment brûlé).
À Madrid : vue sur la statue de Colomb, vue sur une manif d’étudiants bastonnée par les flics en gris. Franquisme associé à ce gris des uniformes. Que pouvais-je saisir de plus ?
Qu’ai-je fait de mes « vues sur » ?
Fait-on quelque chose des « vues sur » ?
En ce moment : vue sur l’immeuble d’en face, vue sur un pentagone de ciel, vue sur une mouche qui s’envole.
Et c’est très bien.
