C’est Nathalie Sarraute qui la première a attiré mon attention sur le mot toujours. Un enfant s’amuse à faire défiler en bon ordre sans se tromper les jours de la semaine :
Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche… et puis recommencer lundi mardi (…) mais jusqu’à quand ? — Toujours. (…) Toujours… comme les doux mots caressants des berceuses qui apaisent, rassurent… tou-jours… tou-jours…
(Ici, 1995).
Le mot toujours est en français doux et trompeur. Si je dis d’une personne mourante : “Elle vit toujours”, ce n’est pas synonyme de vie éternelle. Qu’en est-il des autres langues que je connais ? L’espagnol posséde au moins deux mots distincts dont le sens ne se confond pas : siempre, et todavía qui signifie clairement encore. En anglais, une seule lettre sépare toujours : ever, et jamais : never…
Pendant que je prenais mon café sous le noisetier en me livrant à ces réflexions philologiques, mes yeux se posaient de temps en temps sur une petite feuille roussie miraculeusement suspendue à un fil d’araignée. Cinq minutes plus tard un souffle de vent l’avait mise à terre.
