Architextures d’Anita Pittoni

Anita Pittoni fut connue pour sa pratique de l’art textile avant de se lancer dans la littérature. Elle exposa, à la galerie Bragaglia de Rome, certaines de ses tapisseries « d’un style futuriste et constructiviste », dit Simone Volpato, l’éditeur italien de Confession téméraire.

Difficile aujourd’hui de trouver des tapisseries de Pittoni sur Internet, mais je suis tombée sur celle-ci :

Comment un lecteur de Confession téméraire ne verrait-il pas déjà dans cette architecture colorée une figuration de l’espace intérieur de Pittoni ? Tours crénelées, ébauches d’escaliers, fenêtres ouvertes ou barrées, niveaux irréguliers, franges échevelées, aperçus adriatiques, passerelles menant hors du cadre… Mais laissons l’auteure explorer avec ses propres mots son domaine intérieur dans un de ses récits poétiques, « L’oiseau jaune » :

« … cette enfilade de pièces avec leurs dénivellations de petits escaliers dans toutes les directions, les étages qui tournent interminablement en spirale autour d’un axe, les murs avec les espaces des fenêtres et des portes déjà percés, mais sans aucun bâti » (p. 87).

On prendra ce dernier mot dans son double sens architectural et couturier. Ces étranges maisons comparables à celles de Kafka sont peuplées de figures ambulantes qui incarnent de façon parfois très menaçante l’impossibilité de tout accès, ce qui rend Pittoni écrivaine plus inquiétante que Pittoni tisserande. Le fil de chanvre, « mon authentique chanvre de pêcheur », dit-elle, résiste aux « violences les plus insensées ». Ceci confère à l’œuvre tissée une sorte de stabilité que n’ont certainement pas les textes écrits où la folie est affrontée de plein fouet. La belle prose intitulée « La chevelure de la sirène » (p. 63) explore la rivalité ‒ ou la complémentarité ‒ entre l’actuelle machine à écrire Olivetti et « le rouet d’autrefois, mon rouet à moi, prêt à servir, attendrissant, solidement fixé sur la longue table ».

J’aurais aimé mieux examiner ce rapport dans ma récente note de lecture pour la Cause littéraire :
http://www.lacauselitteraire.fr/confession-temeraire-suivi-de-cher-saba-et-la-cite-de-bobi-anita-pittoni-par-nathalie-de-courson

Mais les mouettes aiment picorer ce que laisse la marée descendante.

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3 réponses à Architextures d’Anita Pittoni

  1. Je ne connaissais pas Anita Pittoni et je ne l’ai pas lue. Un (e) artiste de plus à découvrir dans ce creuset magnifique que fut Trieste.

    J’avais aimé l’année dernière l’exposition Sheila Hicks au Centre Georges Pompidou où on trouvait bien l’influence des textiles précolombiens.

    http://www.lesvraisvoyageurs.com/2018/02/18/lignes-de-vie-sheila-hicks/

  2. marie-paule Farina dit :

    est-ce toi qui tricote et qui fait de si jolis hauts-écharpes?

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