Walser et Tannhäuser

Rien de plus drôle que le texte de Robert Walser « J’ai pris le nom de Tannhäuser »  (Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Zoé, 2019). Il s’affuble de ce nom comme d’un déguisement de carnaval et attable le chevalier wagnérien devant une paire de saucisses aux pommes de terre entourées de choucroute. Comme si Tannhäuser n’était pas trop tourmenté par ses amours sublimes ou vénusiennes pour s’occuper de charcuterie.

Mais peut-être Walser ne croit-il pas si bien dire, car Tannhäuser a en commun avec lui un côté inadapté, intempestif. À l’acte II de l’opéra, lors du solennel concours de chant chez le landgrave, Tannhäuser, oubliant ses résolutions sublimes, ne peut se retenir de claironner de manière de plus en plus scandaleuse son éloge de l’amour charnel. C’est irrépressible, et seule l’intervention de sa divine fiancée Elizabeth lui évitera d’être transpercé par l’épée de ses pairs. Tout cela se produit avec cette intensité explosive de la musique de Wagner qu’aucune littérature ne peut égaler.

« C’est pas ça c’est pas ça, me jacasse une pie de derrière les bambous : au troisième acte Tannhäuser se repent de sa sortie malséante, alors que la faute et le repentir ne sont pas du tout du ressort de Robert Walser. Walser est un gamin moqueur, et va-t-en chercher une once de moquerie chez Wagner ».

Reste que Tannhaüser est un être foncièrement instable qui, lorsqu’il est dans les bras de Vénus rêve de s’en évader, et lorsqu’il est sur le point de se fiancer à la chaste Elizabeth chante frénétiquement l’amour de Vénus. C’est cette manière de ne jamais être où il faudrait qui me le rapproche de Walser, compris, la pie ? Laisse-moi picorer ma pitance où ça me chante et retourne à tes bijoux volés.

Car cette inconséquence de Tannhäuser me réjouit beaucoup, comme me plaît la confrontation du maître de Bayreuth à l’insaisissable petit elfe de Bienne. C’est tout ce que je peux dire cet été sur ces deux Wa – – er, sans documents, à l’ombre de mon noisetier qui se balance.

C’est tout ? Non, car je me souviens soudain d’une mise en scène de Castellucci, avec une Vénus que tout amateur de charcuterie adorera :  https://www.youtube.com/watch?v=0D5hByvNlvc 

A propos du livre de Robert Walser, lien vers ma récente note de lecture pour La Cause Littéraire : http://www.lacauselitteraire.fr/ce-que-je-peux-dire-de-mieux-sur-la-musique-robert-walser-par-nathalie-de-courson

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2 réponses à Walser et Tannhäuser

  1. marie-paule Farina dit :

    ton noisetier s’en balance peut-être mais pas moi qui te remercie de me nourrir de ta pitance wagnéro-walserienne dont je reprendrai bien une louche quand tu voudras. 🙂

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