Elèves et professeurs

À l’occasion de la rentrée des classes, Le Nouvel Observateur publie cette semaine un dossier : « Le prof qui a changé ma vie ». Je n’en ai lu pour l’instant que quelques phrases qui m’ont touchée. L’une est de Lilian Thuram : « ça me parlait à l’intérieur ». L’autre, de Cédric Villani,  évoque le professeur qui « m’a fait comprendre ce qu’est l’imagination en mathématiques ». Je me suis alors souvenue d’un chercheur en mathématiques pures qui me parlait de sa discipline avec la joie communicative de certains astrophysiciens ou compositeurs de musique.

Ce dossier me rappelle aussi deux témoignages lus ces derniers mois : D’abord, celui du traducteur Claude Couffon, gamin des années 40 que rien ne prédisposait particulièrement à l’espagnol dans le village près de Flers (Orne), où il habitait. Destiné par sa mère à devenir instituteur, il doit, pour entrer à l’École Normale, apprendre une deuxième langue vivante. Le principal de son collège pense à l’espagnol. N’ayant pas sur place de professeur, il fait appel à l’instituteur d’un village voisin, monsieur Pons, qui connaît la langue. On ne savait pas très bien s’il avait participé à la guerre civile, explique Claude Couffon, « mais il l’évoquait sans cesse avec passion. Après les cours, je l’accompagnais à bicyclette pour pêcher, dans son village, et il me parlait des poètes qu’il avait connus : Rafael Alberti, Miguel Hernández, Antonio Machado (…) Le soir, je repartais souvent avec leurs livres. Bref, il fit de moi un républicain espagnol ». (Revue Apulée #4, « Traduire le monde », p. 269).

Armand Guillaumin, « Marguerite Guillaumin lisant »

L’autre témoignage, celui de Nathalie Sarraute, est reproduit dans la biographie d’Ann Jefferson qui vient de paraître chez Flammarion. Sa professeure de français de 3ème au lycée Fénelon, Madame Guillaumin, encourageait son talent littéraire et lisait ses rédactions le soir à son mari, le peintre Armand Guillaumin. Dans l’une d’entre elles la jeune Nathalie, narrant l’entrée d’un ambassadeur d’Espagne dans le bureau de Choiseul, Premier ministre de Louis XV (apprécions en passant le niveau historique des rédactions de 1915), croit bon d’introduire une notation descriptive : « la porte grinçait ». Commentaire de Madame Guillaumin dans la marge : « La porte d’un ministre ne grince pas » (p. 49). Des années plus tard Nathalie Sarraute se plaisait à rapporter cette juste observation que je lisais le mois dernier près de ma porte-fenêtre qui grince tout au long de sa course car je ne suis pas ministre.

Lien vers ma recension du livre d’Ann Jefferson pour La Cause littéraire :

http://www.lacauselitteraire.fr/nathalie-sarraute-ann-jefferson-par-nathalie-de-courson?fbclid=IwAR2wdXJmv_iFr2gPaeAFYSQmIr0ZG7y_Pj-nKapjR2m_y8t_AgAZzV1-v6k

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2 réponses à Elèves et professeurs

  1. Claude Ferrándiz dit :

    Je me souviens de Claude Couffon, de ses livres et de ses cours. La Sorbonne. Amphithéâtre Richelieu ou Descartes, je ne sais plus. Il avait deux fils, Miguel, professeur et très bon traducteur d’auteurs allemands. Gilles qui étudiait aussi l’espagnol.

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