L’apothéose de l’impératoriteur

 L’impératoriteur mourant entre dans son cercueil d’un pas de défi :
« Ma volonté est de mourir debout ».
On redresse le cercueil et on attache l’impératoriteur aux parois. Il dit dans un râle :
« Ma volonté est de mourir libre ».
On détache les liens, on installe une coque dans son dos. Il dit, les yeux révulsés :
« Ma volonté est de mourir sans prothèse ».
On ôte la coque, on installe un joli parapet en tek. De ses mains décharnées, il secoue le parapet :
« Ma volonté est de mourir sans bordure ».

Annette Messager : Les Piques

C’est à ce moment que les libérateurs qui assiégeaient la ville depuis trois semaines enfoncèrent les portes mal fermées de cette dictature vermoulue, saisirent l’impératoriteur par le ventre sur la pointe de leur pique et le promenèrent dans les rues. Les derniers instants du moribond furent consacrés à son effort pour se tenir droit sur la pique qui lui transperçait l’abdomen.

 

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9 réponses à L’apothéose de l’impératoriteur

  1. le guennec dit :

    Mais c’est atroce ! C’est le terrorisme ambiant qui vous inspire cela ? Ou un marron d’inde qui voulait mourir debout ??? !!!

  2. robinet dit :

    Glaçant. On pense forcément aux piques révolutionnaires promenant les têtes décapitées. Le temps des assassins est de toujours. Le temps de l’humain ne doit pas se laisser submerger. Je crains que les dictatures ne soient pas encore vermoulues! C’est vrai que les Ceausescu ont péri, mais d’autres prolifèrent. Eternel combat de ce monde.
    Un abrazo !

  3. Dany Pinson dit :

    Votre texte, Nathalie, évoque pour moi la poésie funèbre et macabre de Pierre Guyotat. Funèbre et triomphale aurait ajouté Hector Berlioz.

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