Sans y croire pour y croire

Boîte en fer

J’ai retrouvé une vieille boîte en fer carrée « Galettes de Pleyben » pleine de vieilles photos, vieilles lettres de plusieurs époques, vieux carnets de lecture quand j’avais seize ans. Et surtout (il y a plusieurs « surtout » dans une boîte à souvenirs mais celui-ci est le plus saisissant), ce billet de Sarah à Claire, intercepté il y a une dizaine d’années dans une de mes classes :


Peut-être était-ce tout simplement mon cours de français qui leur semblait mortel et le lycée qui les enterrait vivantes. En tout cas,  elles ne sont passées ni l’une ni l’autre à l’acte fatal dans les jours qui ont suivi. Ensuite, Internet me montre que Claire est sortie sans dommage visible du gouffre de l’adolescence.
(Mais Sarah, rigolarde et fragile, où est-elle et qui est-elle dix ans après ?)

Notes de l’heure offerte

Autre âge, autre attachement à la vie.

En lisant Jacques Robinet, on se dit qu’écrire c’est apprendre à mourir, et cinq minutes après on se dit exactement l’inverse.

Je rôde autour de ma mort comme un chien déterre un os caché. Par jeu, sans y croire, pour y croire.

Plutôt déterrer qu’enterrer. Demander au bourreau de suspendre son geste, le temps d’écrire un avant-avant-dernier hommage à la vie :

La joie du noyé qui retrouve la surface de l’eau. Aimer d’autant plus la vie que je la sais, à chaque instant, menacée en moi et autour de moi. L’aimer comme une trêve savourée lors d’un perpétuel combat.

Jacques Robinet enregistre le passage des années et s’émerveille d’être au monde avec une intensité qui me donne l’étincelle d’une alternative au morne constat que « la vieillesse est un naufrage ».

L’âge m’isole et me protège à la fois (…) Tout se rétrécit et, inexplicablement, m’ouvre un espace inexploré.

Quand j’avais l’âge de Claire et de Sarah, aurais-je éprouvé la même joie à écouter la grive et le coucou le mois dernier ; à contempler hier les reflets fantomatiques de l’étang sur les feuilles du marronnier ; à improviser ce matin un taboulé à l’avocat et aux fruits de mer ; à voir, entendre, faire toutes ces petites choses qui nous attachent à la vie ?

 

 

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2 réponses à Sans y croire pour y croire

  1. François LE GUENNEC dit :

    Chère Nathalie, “cour” est écrit sans S et “enterré, au masculin. Essayez de vous rappeler: vous n’avez rien remarqué dans la cour ? et pas d’absence inexpliquée du côté des garçons ?

  2. robinet dit :

    Comme c’est étrange et émouvant de voir une gentille mouette (ainsi parlent les poètes car l’oiseau est plutôt agressif) “déterrer” à son tour des bribes de ma vie morcelée, telle qu’elle se donne à lire dans ce livre du “grand âge”, (comme on dit). Oui, je le signe et le confirme c’est l’époque la plus heureuse de ma vie (hormis les problèmes de santé multiples; comme si le corps s’insurgeait contre la paix retrouvée de l’esprit). C’est en effet le moment des petites découvertes, des surprises insolites, des enchantement” pour un rien” (qui est ‘tout’, mais autrefois inaperçu). Merci, chère Nathalie, d’avoir repéré et aimé ces instants si précieux. Un abrazo con cariño

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