Avec ce récit que Marie-Noëlle Reyer-Chabrerie a bien voulu me confier, j’inaugure sur ce blog une nouvelle catégorie intitulée “Les Insomniaques”.
Encore une nuit à errer dans la maison. Bientôt 4 heures du matin, je vais pouvoir grignoter ma biscotte et boire un café, puis je dormirai enfin. Mes insomnies ont souvent une origine digestive, sensation de ventre creux, d’estomac vide, même après un repas copieux. Alors que je vais quitter la cuisine pour remonter me coucher, dans la semi-obscurité, mon regard tombe sur le plateau du chat devant la fenêtre de la cour qui donne sur le jardin. Je distingue alors dans sa coupelle en vieille faïence une forme marron, arrondie, qui encercle sa délicieuse pâtée health nutrition, thin slices in gravy. Je me demande aussitôt s’il n’est pas malade ou même frappé d’amnésie sénile – car mon chat a treize ans – pour avoir confondu litière et coupelle.
Je m’approche donc encore un peu et je découvre alors que la forme arrondie bouge et se meut, qu’elle dresse deux belles cornes et aspire la pâtée du vétérinaire de la rue Pascal avec délectation. Je n’en crois pas mes yeux. Par où est-elle entrée pour ce festin solitaire ?
Tandis que je la fixe, sensible sans doute aux ondes de ma présence, elle s’étire et abandonne la coupelle et sa pitance pour ramper sur le carrelage en direction de la porte toujours bien fermée avec deux verrous. Ma curiosité est à son comble et je décide de m’attarder pour connaître l’issue de son mystérieux parcours.
Elle glisse tranquillement, majestueuse et repue, en laissant derrière elle une trace de bave argentée. Le chat aux aguets à mes pieds n’ose pas intervenir. Il la connaît peut-être. Sur le mur plusieurs rubans de mucus dénoncent de précédentes incursions.
Je m’amuse à chronométrer sa course : 2 mètres en 20 minutes, en ligne droite, parallèle au vantail. Mais soudain, parvenue à angle droit avec le dormant de la porte, elle effectue un beau virage à 90 degrés, s’aplatit au maximum et s’échappe en passant sous la traverse basse à l’endroit où elle ne jointe plus avec le sol, offrant une chance de salut vers le jardin à la gourmande et souple insomniaque.
Dépité et frustré par son évasion, Icare s’en retourne à l’écuelle et absorbe toute sa pâtée à la bave de limace jusqu’à la dernière particule.
Marie-Noëlle Reyer-Chabrerie


❤️ . Quelle belle épopée et si bien écrite. Bises. Carole