À l’Orangerie

   En regardant les meules de foin de Monet à l’exposition Peindre le temps qui se déroule en ce moment au musée de l’Orangerie à Paris, je suis émerveillée par cette manière de peindre les saisons, les mois, les heures, les minutes, et je pense au beau titre du livre de Vladimir Jankélévitch : Debussy et le mystère de l’instant.

   Et en littérature, comment peindre le mystère de l’instant ? Une poésie impressionniste ? Une Recherche du temps perdu ? Une écriture par déplacements, sursauts, trouées, ombres et rythmes. Ou pour rester proche de Monet, un poème composé dans un train à vapeur, comme Charleroi de Verlaine : Quoi donc se sent ?/ L’avoine siffle/ Un buisson gifle / L’oeil du passant.

***

   Dans une salle du musée, mon attention est happée par un groupe d’enfants d’environ six ans vêtus de gilets fluorescents orange et assis par terre. Une animatrice donne les explications, la maîtresse est debout sur le côté. Pendant que l’animatrice parle, un petit garçon lève le doigt, patiemment, et je me demande quand elle va s’en apercevoir. Enfin, elle lui donne la parole et il dit : « Ma maman elle est peintre ». L’animatrice dit : « C’est bieeen, ça ! Elle peint ton portrait ? » L’enfant : « Elle est peintre ». L’animatrice ne sait que dire et la maîtresse explique : « Elle est sculptrice et peintre, c’est son travail ». Pendant ce temps, un deuxième petit garçon lève le doigt, et sans attendre qu’on lui donne la parole, commence : « Moi ma maman… » mais la séance est levée avant la fin de sa phrase.

Peut-être aurait-il dit : « Elle est astronaute ».

Sophie Binet

Sophie Adenot, photo Wikipedia

Je pense maintenant à un extrait de la deuxième lettre du « Voyant » de Rimbaud :
Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle (…) La femme trouvera de l’inconnu !

Je rentre chez moi par le jardin des Tuileries en serrant dans ma main un marron ramassé dans une allée.

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2 réponses à À l’Orangerie

  1. Jacques Lèbre dit :

    Bonjour Nathalie,
    si vous n’avez pas lu “Fuochi sparsi” de Florian Rodari au Bruit du temps, c’est sur des peintres, certains très connus (Miro, Matisse, Picasso), d’autres moins (Jacques Hartmann par exemple° ; et aussi sur quelques poètes (Dupin, Mandelstam…). L’avantage du livre, c’est que Florian Rodari connaît les techniques de la peinture, ou de la gravure, ainsi il nous fait entrer dans le faire :de la peinture (la gouache chez Bram Van Velde) ou de la gravure chez Palézieux.
    Bien amicalement.

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