Savoir

– Quand je crois que je sais je ne sais pas toujours, mais quand je sais que je sais, je sais.
– Quand je crois que ce que je dis est vrai, j’y mets une énergie qui passe par les épaules, la gorge, les tempes et les mâchoires.
– Quand je sens que ce que je dis est vrai, je n’y mets pas d’énergie, mais quelque chose se dilate dans mes entrailles.
– Quand je sens que je suis au bord d’une zone inconnue en moi, la tête me tourne, la jugulaire me bat et j’ai peur.
– Quand je sais que ce que je dis est vrai et qu’on ne m’écoute pas, j’y mets le même type d’énergie nerveuse que quand je crois que ce que je dis est vrai. Et on ne me croit pas.

Je consulte alors les sages et Confucius me dit :

1540-1Nathalie, veux-tu que je te dise ce qu’est la connaissance ? Savoir qu’on sait quand on sait, et savoir qu’on ne sait pas quand on ne sait pas, c’est là la vraie connaissance.

Confucius ne me parle pas de jugulaire ni d’énergie nerveuse.

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Réveils

Un jeune Nantais a gagné l’année dernière le concours Lépine européen avec son “Sensorwake”, réveil olfactif aux parfums de brise marine ou de café-croissant, enfermés dans des parallélépipèdes froidement bariolés.

réveil Si l’odeur diffusée est aussi artificielle que l’aspect visuel de l’engin le laisse prévoir, elle rappellera ces déodorants que l’on met dans les lieux d’aisance. Si au contraire l’odeur est parfaitement naturelle et sui generis, le dormeur éprouvera la frustration de la humer sans manger, comme le Lazarillo de Tormes avec la saucisse. Certes, la frustration met en alerte, aiguise les facultés et incite à l’action, mais il vaudrait encore mieux un réveil qui vous sert le café : le « nespréveil » avec grille-pain incorporé en option.
Ou un valet.

Je propose plutôt un réveil diffusant une liste de mots qui vous donnent envie de vous lever, comme « hardi », « saugrenu », ou des mots qui vous soufflent un coup de vent comme « vif », « esquif » (ou tout autre mot finissant par “-if” excepté « poussif »). On ne les dirait pas avec le ton engageant ou sensuel des bateleurs de radio. Il faudrait juste prononcer distinctement chacune de leurs syllabes afin que le mot soit réveillant par la seule force de ses sonorités.

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Tambour-trompette

bataclan-photo-564cab96637d6Il y a des hasards de lecture qui vous serrent le cœur. En tournant encore autour de Michel Continuer la lecture

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Saugrenu

L’étymologie est une science parfaitement vaine qui ne renseigne en rien sur le sens véritable d’un mot, dit Michel Leiris dans La Révolution surréaliste.

Antonin Artaud enchaîne vigoureusement : Oui, voici maintenant le seul usage auquel puisse servir désormais le langage, un moyen de folie, d’élimination de la pensée, de rupture, le dédale des déraisons, et non pas un DICTIONNAIRE où tels cuistres des environs de la Seine canalisent leurs rétrécissements spirituels.

page1-400px-La_Révolution_surréaliste,_n03,_1925.djvuÉchauffée par ces déclarations, j’ai empoigné le mot saugrenu qui me grattait la cervelle ce jour-là pour en jeter une définition révolutionnaire. Puis ‒ scrupule ou curiosité ‒ j’ai consulté le dictionnaire étymologique Bloch et Wartburg :

Saugrenu provient de l’adjectif “grenu”, composante du mot “saugreneux” ou  “saugrenée” que l’on trouve chez Rabelais, sorte de purée de pois composée de sel et de grain.

Et il m’a fallu reconnaître que les définitions de l’Académie – tout comme le blog culinaire de Greta Garbure – peuvent être plus féconds et saugrenus que  ma fantaisie.

salade-de-fc3a8ves-via-nanaka-cuisineblog-fr Saugrenée serait un nom appétissant pour une maison d’édition, une revue, un blog, un recueil d’aphorismes.

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Petite gaieté

Je ne sais pas bien ce qu’est l’inspiration. Je connais en revanche un état que j’appellerais  “petite gaieté” qui me pousse à écrire des choses courtes et frétillantes.

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Percatar et romans russes

Souvent des mots me viennent et tintent et me tiennent et se répètent. Aujourd’hui le verbe espagnol percatar est le pic-vert qui claque la mitraillette de son bec dans ma tête : percatar-percatar-percatar.

Percatarse veut dire “s’apercevoir”, affadi en français par le suçotement des cédilles.  “Percuter”, traduirait-on en djeun’s.

Perspicace m’a sauté aux oreilles dans une page du roman de Gontcharov Oblomov. Le coup d’œil perspicace de l’ami Stolz, comme les consonnes percutantes de son nom, entrouvrent les yeux mi-clos d’un Oblomov somnolent de mollesse.

A propos de personnages de romans russes, je n’ai jamais pu m’habituer dans Crime et châtiment à ce que Raskolnikov ait pour prénom Rodion, comme s’il emmaillotait sa hache et ses tourments dans une pelote de laine ou un Damart.

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Une peau pour un blog

Contenu sans contenant palpable, un blog n’a pas de peau, pas de contours, pas de couverture, pas de support manipulable, pas de prix, pas de nombre d’exemplaires. On ne sait ni où on le commence ni où on le finit car sa fin devient son début. Ses lecteurs sont virtuels, hasardeux, fantomatiques, glissant là par hasard pour rebondir ailleurs.

Il arrive bien sûr que des billets de blog soient rassemblés en livre.

SuiedUn cas émouvant est celui du blog de poésie tenu par Alain Suied pendant la dernière année de sa vie, entre 2007 et 2008 : Sur le seuil invisible, testament poétique qu’il Continuer la lecture

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Une dame d’âge

À Merville l’été dernier, une dame d’âge en maillot de bain un peu rentré dans les fesses ramassait le long de la laisse de mer les canettes de bière cabossées, les vieux gants de ménage, les cartouches de carabine, les papiers de bonbons et les tongs hors d’usage. J’ai émis trois hypothèses :

‒ Un vœu à Sainte Thérèse de Lisieux et dans ce cas c’est une femme heureuse.
‒ Une écolo indépendante soucieuse du littoral et dans ce cas c’est une femme amère.
‒ Une mouette glanant chaque jour ce qu’elle trouve à marée basse et dans ce cas c’est mon
amie.

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En marge du billet « Marges »

goya-le-pantinGoya : El Pelele (le Pantin, Madrid, musée du Prado)

Un blog n’a pas de marge visible. A vrai dire un blog est lui-même une marge, donc dans le cas du présent billet, marge de marge de marge. A moins que, dans l’ordre chronologique inversé des blogs,  ce soit le billet précédent qui constitue la marge de celui-ci.

Je dis qu’un blog est lui-même une marge parce que les blogs d’auteurs sont souvent des franges, des lisières de leurs œuvres : espaces de promotion, laboratoires, carnets de notes retravaillés.

Et moi ? Mes pattes de mouette avancent sur des bandes côtières, laisses d’une mer intérieure que je distingue mal.

Le 25 décembre, par exemple, j’ai fait sauter ici l’amiral Carrero Blanco et j’en ai éprouvé Continuer la lecture

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Marges

La griffomane préfère les cahiers avec marges. Marge de manœuvre : centre apparent et centre réel.

En grammaire, j’aimais bien la notion de sujet apparent et de sujet réel, j’aurais aimé que cela concerne plus de verbes. Quand j’ai fait de la linguistique ces termes ont disparu. La pratique de la psychanalyse m’a mieux convenu.

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