Deux notes de fin de mois

♦ Espaces urbains (PS du billet précédent)

Me promenant ce matin près du pont des Arts, je me dis que les spectaculaires déboulonnages du plasticien Iván Argote ont beau être fictifs, ils flattent un esprit de révolte un peu juvénile, facile, etc.

Et je vois une plaque discrètement clouée au pied du pont, pas très loin d’une poubelle.

Le texte dit :

A la mémoire de Vercors / (Jean Bruller) / co-fondateur en 1942 des Editions de Minuit / avec Le Silence de la Mer / et des ouvriers du Livre / Qui par leur dévouement, au péril de leur vie sous l’occupation nazie, / ont permis à la pensée française de maintenir sa permanence et son honneur.

Puis je me demande si j’aurais eu l’idée de regarder ce qui se passe à mes pieds avant d’avoir vu la performance d’Argote.

♦ Je ne connais pas la monotonie de la répétition…

… dit Jacques Lèbre.  Je peux me promener tous les jours sur un même chemin sans jamais en éprouver de l’ennui. Entre soi-même aux états d’âme changeants et le dehors aux états d’âme tout aussi changeants il ne saurait y avoir de répétition, encore moins de monotonie. (A bientôt, p. 101).

 Rien à ajouter tant la formulation est nette et complète. Ma récente émotion sur le Pont des Arts en est une preuve.

Un petit grain de sel, pourtant : se promener tous les jours sur un même chemin est reposant pour des gens qui n’ont pas le sens de l’orientation. (Je sais de quoi je parle).

 

 

 

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7 réponses à Deux notes de fin de mois

  1. marie-paule Farina dit :

    beau et pertinent. J’espère que tu continueras à pouvoir marcher le nez en l’air, pour moi qui dois être attentive à chaque bosse et à chaque trou présents sur mon chemin, peut-être cette plaque aurait-elle été la seule à ma hauteur 🙁

  2. Dany Pinson dit :

    Ce souvenir pieux caché derrière une poubelle, quelle honte. Vercors, les ouvriers du livre, mais aussi Jérôme Lindon et Marcel Rosenfeld : l’esprit n’est pas tout.

    • Pas vraiment caché… Au pied du pont des Arts ! Ce qu’il y a de beau dans une ville qui a un fleuve et des ponts, c’est que tu peux regarder en l’air, en bas, dans l’eau… Dommage que Madrid n’ait pas de fleuve.

      • Dany Pinson dit :

        Le petit cours d’eau misérable de nos enfances s’est transformé en petite rivière assez respectable, dont les berges aménagées offrent de belles vues, notamment sur le Palais d’Orient. Irons-nous tous un jour, après une promenade, déguster un poulet à la Casa Mingo ?

  3. Tania dit :

    Ravie de lire ces mots de Jacques Lèbre que je fais miens – se promener tous les jours sur un même chemin sans jamais s’ennuyer – je les ai copiés pour ma consommation personnelle. Je me rappelle très bien cette plaque à la mémoire de Vercors, nous ne manquions jamais de passer sur le Pont des Arts quand j’emmenais mes élèves de rhétorique à Paris.

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